Je fais entre deux et trois heures de route par semaine entre nos espaces. Mises ensemble, ces heures-là sont le seul bloc de ma semaine que personne ne peut me prendre : pas de courriel, pas de rencontre, pas de téléphone. J'ai longtemps écouté la radio. Depuis deux ans, j'écoute des balados d'affaires, et presque uniquement des balados québécois, parce que les programmes, les chiffres et les réalités de marché dont on y parle sont ceux qui s'appliquent ici.
Voici les sept que j'écoute pour vrai, pas ceux qui dorment dans une liste en attendant que je m'y mette. J'ai vérifié le 28 septembre 2026 que chacun publie encore. C'est la première chose que je regarde avant de recommander un balado : la moitié des listes qui circulent pointent vers des séries arrêtées depuis deux ou trois ans, et on perd une heure à s'en rendre compte.
Un café avec Judith Fetzer est celui que je garde pour les longs trajets. Judith Fetzer, qui a dirigé Cook it avant de passer derrière le micro, reçoit des entrepreneurs et des dirigeants québécois pour des entrevues qui dépassent souvent l'heure et demie. Le balado est produit par Matière Media et sort deux fois par semaine, ce qui en fait le plus prolifique de ma liste avec plus d'une centaine d'épisodes.
Ce qui me tient là-dedans, c'est que les invités parlent des années creuses autant que des bonnes. On y entend des gens raconter une perte de revenus majeure, un pivot forcé, une vente d'entreprise qui ne s'est pas passée comme prévu. Quand on gère huit adresses, entendre quelqu'un décrire une décision difficile dans le détail vaut plus qu'un résumé de dix minutes.
InfoBref actualité et affaires est le seul que j'écoute chaque matin. Patrick Pierra, l'éditeur d'InfoBref, résume en environ cinq minutes l'actualité économique, financière et technologique, du lundi au vendredi. Il y ajoute des épisodes « Éclairage » d'une douzaine de minutes quand un sujet mérite d'être creusé.
Cinq minutes, c'est le temps que ça prend pour sortir du stationnement. Je ne connais rien d'autre en français qui couvre l'économie d'ici avec cette régularité et cette brièveté. Si vous n'écoutez qu'un seul balado d'affaires dans votre semaine, commencez par celui-là : le coût d'entrée est presque nul.
Dans la jungle des affaires, animé par Réjean Gauthier, est le plus ancien et le plus régulier de ma liste : une émission hebdomadaire qui a passé le cap des 860 épisodes. Réjean reçoit des entrepreneurs et des gestionnaires d'ici, et son angle est constant : l'humain derrière l'entreprise, avant le modèle d'affaires.
Le volume a un revers, tous les épisodes ne me parlent pas. Mais il a un avantage que les autres n'ont pas : à ce rythme-là, on finit par entendre à peu près tous les métiers et toutes les régions du Québec. C'est le balado qui donne le mieux l'impression que le milieu d'affaires d'ici est petit, et que la personne dont on parle, on la croisera à un cinq à sept quelque part.
Les Dérangeants en est à sa huitième saison. Six entrepreneurs se relaient à l'animation, dont Dominic Gagnon, Marie-Josée Richer et Étienne Crevier. Le balado est présenté par le Fonds de solidarité FTQ et diffusé sur QUB radio, à raison d'un épisode par semaine, le lundi, entre quarante minutes et une heure.
Le format est simple et c'est sa force : une question d'affaires par épisode, un invité qui la connaît. Cybersécurité dans une PME, robotisation d'un atelier, attraction de talents, financement. J'y ai trouvé plus d'une fois la réponse à une question que je m'apprêtais à payer un consultant pour régler.
Histoires d'hypercroissance, animé par Cléo Maheux, publie un épisode d'environ une heure toutes les deux semaines et approche les cent quarante épisodes répartis sur six saisons. Les invités sont des entrepreneurs et des experts québécois qui racontent une étape précise de leur croissance.
C'est celui qui ressemble le plus à une conversation entre deux personnes qui gèrent des équipes. On y parle de culture d'entreprise, d'intelligence artificielle appliquée à de vraies opérations, de concilier une entreprise et une famille. Moins de théorie que dans bien des contenus de gestion, plus de « voici ce que j'ai essayé et voici ce que ça a donné ».
B2B et Go, animé par Simon Deschênes de l'agence AUX B2B, existe depuis octobre 2021 et sort un épisode par mois, autour d'une demi-heure. Le sujet est étroit et assumé : la vente et le marketing entre entreprises.
Je l'écoute parce que c'est le seul de ma liste qui parle de prospection sans détour. Comment relancer sans harceler, où se cache la croissance dans un portefeuille de clients existants, ce que l'intelligence artificielle change vraiment dans un cycle de vente long. Pour une entreprise qui vend à d'autres entreprises, une demi-heure par mois est un investissement facile à justifier.
180 degrés, de Mélanie Halley, s'adresse aux solopreneurs et aux petites équipes. Le catalogue compte plus de cent quatre-vingt-dix épisodes d'une quarantaine de minutes, sur le marketing et la stratégie vus du point de vue de quelqu'un qui fait tout lui-même. Le rythme de publication a ralenti cet été, mais le catalogue existant se tient tout seul et c'est là que je vais piger.
Les épisodes sur la charge mentale et sur la différence entre être visible et être trouvable m'ont fait changer deux ou trois choses dans notre façon de communiquer. C'est le balado que je recommande le plus souvent aux travailleurs autonomes que je croise dans nos cuisines.
Trois choses, après deux ans. La première : un balado quotidien de cinq minutes change plus ma semaine qu'un balado de deux heures que j'écoute une fois par mois. La régularité gagne contre la profondeur, en tout cas pour un dirigeant qui a déjà trop de lecture en retard.
La deuxième : le local n'est pas un compromis. J'ai essayé les grosses machines américaines du genre. Elles sont bien faites, mais on y parle de montants, de programmes et de marchés qui ne sont pas les miens. Une heure d'un entrepreneur de la Montérégie qui explique comment il a financé son agrandissement me sert davantage.
La troisième : il faut vérifier si un balado vit encore avant de s'y attacher. Un balado qui n'a rien sorti depuis huit mois est probablement terminé, même si personne ne l'a annoncé. Ça m'a évité de recommander trois séries mortes en écrivant ce texte.
Prenez le trajet que vous faites déjà, celui que vous ne pouvez pas éviter, et remplacez la radio par un seul épisode. Pas sept balados, un épisode. Si vous en ressortez avec une idée que vous pouvez appliquer avant vendredi, vous saurez que le créneau est bon. Sinon, essayez-en un autre la semaine suivante : ça ne coûte que le temps que vous passiez déjà dans l'auto.
Et vous, quel est celui que vous écoutez et que je n'ai pas nommé ? C'est la question que je pose le plus souvent dans nos espaces, et c'est comme ça que j'ai trouvé quatre des sept de cette liste.
Frédéric Deshaies
Président et fondateur, Hedhofis